À trois, on réalise nos rêves. 1, 2 …

J’ai passé les vingt premières années de ma vie à planifier chaque étape, chaque année, de manière très réfléchie et méthodique, visant des objectifs précis. Lorsque j’annonçais une nouvelle à mes proches (diplôme obtenu, candidature acceptée dans un nouvel établissement, nouveau projet …) personne n’était surpris. Je suivais simplement un chemin tout tracé. J’étais moi, version sage, posée, avec de jolies oeillères. J’aspirais a une petite vie rangée, avec un métier, des amis, un appartement, un copain, et toutes les autres étapes qui s’en suivraient.

Et puis un jour, par je ne sais quel concours de circonstance, des idées de voyage ont commencé à germer dans ma tête. La première fois que j’ai évoqué le fait de vouloir partir à l’étranger, j’étais au lycée, en seconde. À l’époque, mes parents m’ont ris au nez et ne m’ont pas pris au sérieux. Au vu de mon caractère et de mes habitudes de vie, ils ne croyaient pas une seule seconde que je sois capable de tenir ne serait-ce qu’un mois dans un pays inconnu, loin de mes proches. Ils avaient raison, mais pour un temps seulement.

Pendant un moment, je n’y pensais plus, continuant à voir le voyage comme un rêve inaccessible, quelque chose qui ne serait possible que pour des vacances, lorsque j’aurais réussi professionnellement. Quelle naïveté. Et puis est arrivée la première fois où je suis montée dans un avion. Je participais à un voyage d’étude de 8 jours découpés entre Montréal et New York. Je me suis retrouvée, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et beaucoup moins d’efforts qu’imaginé, sur le continent américain. Celui qui me paraissait si inaccessible, si lointain. J’étais là.

Comme une révélation, une énorme rafale de vent dans la figure, quelque chose de violent mais qui fait un bien fou, j’ai compris ce jour là, que ce n’était que le début.

Du jour où je suis rentrée, je savais que voyager ferait partie de ma vie. Cette idée s’est encrée en moi, profondément, avec de vrais crochets, à tel point que je ne pouvais plus arrêter d’y penser. C’était presque oppressant comme sensation. Il fallait que je projette un départ.

2 novembre 2015 – 16 mai 2016 : six mois et demi de vie ailleurs. De l’autre côté de l’atlantique. J’ai imaginé, souhaité, planifié et préparé, ce voyage avec tout le sérieux, toute la motivation et toute la détermination que je pouvais trouver au fond de moi.

Je suis arrivée seule à Montréal, ai construit une vie ailleurs sans aucun problème, aucun manque, aucune nostalgie. Autant que je le pouvais j’ai vadrouillé à la découverte du Québec pendant 6 mois. Et comme j’étais loin, vraiment loin, d’être rassasiée, j’ai terminé en préparant un road trip au Costa Rica d’une semaine.

Depuis, je suis « rentrée », et je tourne désormais en rond comme un poisson dans un bocal. Je trépigne d’impatience, je pense à mes prochains voyages, je me mets une certaine pression à vite repartir, mon cerveau m’imagine dans des pays différents plusieurs heures par jours. Ce n’est pas seulement une envie, mais une véritable obsession. Et tout d’un coup, ce n’est pas une rafale de vent mais une véritable tempête que j’ai pris en pleine figure lorsqu’on m’a dit : « En janvier 2018, vous partirez pendant trois mois faire le tour du monde ».

Trois mots, quatre syllabes, qui me faisaient rêver mais que je n’avais jusqu’ici jamais osé imaginer plus de cinq minutes. Ces mots viennent tout d’un coup d’être prononcés pour moi, en quelques secondes ces mots sont devenu MA réalité et non plus celle d’une poignée de chanceux dont je lisais les aventures dans des livres ou des articles.

Je ne saurais décrire exactement ce qui s’est passé dans ma tête. Ce jour là, sans se contenter de nous annoncer cette nouvelle frappante, on nous a placé devant une des personne les plus inspirante et les plus humble qu’il m’ait été donné de rencontrer. En l’écoutant parler, j’avais un million d’image en tête, mon imaginaire travaillait comme jamais. Je me suis surprise plusieurs fois à me laisser prendre par mes émotions, perdue entre l’envie de sourire et de pleurer, je me suis sentie bouleversée. Pourquoi ? Parce que je prenais conscience que je ne réalisais absolument pas ce qui était en train de se mettre en marche et ce qui allait m’arriver. Je regarde cette échéance au loin avec une immense curiosité. J’imagine longuement mais il est clair que cela n’aura rien, mais vraiment rien à voir avec les images que je vais me créer pendant cette année d’attente.

Étrangement, malgré mon côté très émotionnel, j’ai toujours eu une fâcheuse tendance à ranger dans un coin de ma tête les événements qui me perturbe, que ce soit en bien ou en mal. J’ai fait de même avec ce tour du monde. Il est là, quelque part, dans une région de mon cerveau, les émotions qui l’accompagne sont rangées dans une petite boite que je ne m’autorise à ouvrir que lorsque je suis seule. De ce fait, lorsque j’en parle à mes proches, je prends une distance et un regard détaché. On me regarde les yeux ébahis : « Non mais, un tour du monde ??? T’es sérieuse ? Est-ce que tu te rend compte ?? ». Intérieurement je répond : « Oui je me rend compte. mais je ne veux pas exposer ces émotions si personnelles avec des personnes qui ne les vivront pas. Je vivrais ces émotions avec les personnes avec qui je partirais, nous partagerons cette expérience et nos émotions ensemble ». Cela peut paraître égoïste, je ne sais pas, mais c’est de cette manière que je ressens les choses.

J’écrirais, et je partagerais cette expérience fascinante et bouleversante par des mots sur un écran. Mais relater, avec une totale honnêteté, oralement cette expérience me paraitra impossible en dehors du cercle des personnes avec qui j’aurais vécu ce moment.

Lorsque je m’autorise à ouvrir cette petite boîte pour penser profondément à cette aventure, une crainte en particulier fait surface. Notre « moi » profond est voué à changer au fil des expériences que nous allons vivre tout au long de notre existence et je sais que ce tour du monde en fera partie. Je crois que j’ai peur de n’être plus jamais capable de rester au même endroit, d’être incapable de me poser à un endroit précis pour y établir une vie fixe. Ce sentiment a déjà commencé à prendre place en moi à mon retour du Canada. Je ne me sens plus réellement chez moi à un seul endroit, alors je crains que ce phénomène ne s’amplifie. Je suis également pleine d’interrogation sur l’impact de cet événement sur ma vision du monde, de la vie.

Nous verrons bien, je reste confiante et déterminée à vivre tout cela. Je crois sincèrement que sortir de sa zone de confort ne peut être que bénéfique. Après tout, « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ».

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